En tant que propriétaires, nous sommes souvent confrontés à des problèmes de dos, des raideurs inexpliquées ou des
baisses de performance chez nos chevaux. On accuse alors l’équipement, le travail ou la fatalité. Pourtant, la science
moderne et la recherche en rééducation fonctionnelle mettent en lumière un coupable souvent ignoré : un déséquilibre
des pieds.
Pour comprendre comment un déséquilibre des pieds peut causer des pathologies et douleurs à d’autres niveaux, il faut
abandonner notre vision classique de l’anatomie et plonger dans l’univers fascinant de la biotensegrité.
Dans le corps d’un cheval, le squelette n’est pas une simple pile d’os rigides posés les uns sur les autres. C’est une
structure où les os sont suspendus au milieu d’une toile continue de tissus conjonctifs : les muscles et les fascias,
fonctionnant comme les cordes et les mâts d’une tente de camping.
Les travaux de recherche (notamment d’Elbrønd et Schultz en 2015) ont cartographié ces lignes de tension chez le
cheval, appelées chaînes myofasciales. La plus importante d’entre elles est la Ligne Dorsale Superficielle (LDS). Elle
prend naissance au coeur même du pied (la phalange distale), remonte le long des tendons fléchisseurs, traverse les
jarrets, le bassin, chemine par le grand muscle du dos (longissimus dorsi) et se termine à la base du crâne.
Le principe est simple : si vous tirez trop fort sur une corde à un coin de la tente, c’est toute la structure qui se déforme.
Le sabot étant le point d’ancrage principal de cette chaîne, toute tension asymétrique en bas se propage inévitablement
jusqu’en haut.
La relation entre le pied et le corps est une véritable autoroute à double sens :
Lorsqu’un cheval souffre d’un déséquilibre du pied (comme un déséquilibre médio-latéral ou un angle palmaire
négatif), sa perception de l’espace (proprioception) est faussée. Pour fuir la douleur ou l’inconfort, il adopte une
Posture Compensatoire Anormale (PCA). Très souvent, le cheval se campe ou « se place sous lui ».
Cette mauvaise posture prolongée surcharge la Ligne Dorsale Superficielle et crée des dégâts en cascade :
L’inverse est tout aussi vrai. Selon la Loi de Wolff, l’os et la corne se déforment en réponse aux pressions qu’ils
subissent. Un cheval souffrant d’une pathologie haute (douleur sacro-iliaque, conflit de dos) va modifier sa
façon de poser ses membres pour se soulager. Cette mauvaise répartition du poids va déformer le sabot à vue
d’oeil : des talons écrasés ou de hauteurs inégales, des pinces excessivement usées, une fourchette atrophiée,
étroite et/ ou pourrie.
Le traitement des douleurs de dos ou des boiteries est souvent voué à l’échec à long terme si l’on se contente de masser
le corps en ignorant l’extrémité de la chaîne cinétique, ou inversement si l’on pare le pied sans libérer les muscles
contractés. Les massages ou les séances de rééducation fonctionnelle soulagent temporairement le dos, mais si le
cheval repose ses pieds sur une base déséquilibrée, les contractures de compensation reviennent instantanément.
C’est là tout l’intérêt d’une prise en charge globale, mêlant parage fonctionnel (méthode Balance F) et rééducation
fonctionnelle :
En combinant ces deux disciplines, on agit simultanément sur la cause et sur la conséquence. C’est exactement comme
desserrer la corde trop tendue de notre tente tout en redressant son mât : tout le système de biotensegrité retrouve sa
symétrie, sa souplesse et sa neutralité d’origine.
Pour soigner durablement le dos ou la locomotion d’un cheval, l’approche ne peut pas être segmentée. Associer le
parage fonctionnel à des séances de rééducation corporelle n’est pas un luxe, c’est la seule clé thérapeutique logique
pour réguler l’ensemble du corps de votre athlète ou compagnon de vie, et lui redonner un mouvement fluide et sans
douleur.
Pour mieux comprendre cette approche globale, vous pouvez consulter les pages
rééducation fonctionnelle,
podologie équine et
mon approche.
Elbrønd, V. S., & Schultz, R. M. (2015). Lignes cinétiques myofasciales chez le cheval : un modèle reliant la pathologie
locomotrice à la démonstration anatomique. BMC Veterinary Research.
Schultz, R. M., & Elbrønd, V. S. (2020). Biotenségrité tridimensionnelle du système locomoteur équin : chaînes
cinétiques myofasciales et leur importance fonctionnelle. Journal of Bodywork and Movement Therapies.
Gellman, K., & Bowker, R. M. (2012). Posture équine et équilibre du pied : le syndrome de posture compensatoire
anormale (PCA). Veterinary Clinics: Equine Practice.
Anz, D. (2011). Le traitement des déséquilibres latéro-médiaux et l’alignement des axes de charge distaux par le parage
fonctionnel (Balance F). Revue de Médecine Vétérinaire Équine.
Ressource complémentaire :
Institut français du cheval et de l’équitation
.
La rééducation fonctionnelle est liée à l’équilibre du pied parce que le sabot influence directement la posture, la proprioception, les chaînes myofasciales et la locomotion du cheval. Un déséquilibre du pied peut provoquer des compensations dans le dos, le bassin, les jarrets ou les épaules.
Associer parage fonctionnel et rééducation fonctionnelle permet d’agir à la fois sur la base du corps, c’est-à-dire le pied, et sur les compensations musculaires ou posturales installées. Cette approche globale aide le cheval à retrouver un mouvement plus fluide, plus équilibré et plus confortable.
Pour toute demande d’accompagnement, vous pouvez contacter Chloé Bes via la page
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